Sciences, normes, décision - Rôle et qualité d’agent

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Rôle et qualité d'agent

Rôle et qualité d’agent

par Emilio Thalabard - publié le , mis à jour le



 


 


 


 


 


11 décembre 2015


Organisation : Alain Anquetil (ESSCA, SND), Alberto Masala (Paris-Sorbonne, SND) & Daniel Andler (Paris-Sorbonne, SND)


Ecole normale supérieure, 29 rue d’Ulm, Paris 5e


Salle 235b


dans la limite des places disponibles

Objectif : Cette journée d’étude est l’occasion pour des chercheurs de proposer des éclairages sur l’importance du concept de rôle aujourd’hui, spécialement dans ses rapports avec la « qualité d’agent » ou « puissance d’agir » (agency), en confrontant des perspectives issues de différents champs disciplinaires.


 


Programme

MATIN


8h45-9h00 Présentation de la Journée d’Étude

9h00-9h45 Patrick Pharo, Chercheur en sociologie morale, ancien directeur de recherche au CNRS « Place de l’éthique dans les rôles »


9h45-10h30 Sylvia Giocanti, MCF, Université de Toulouse Jean Jaurès « Peut-on bien faire l’homme sans jouer un rôle ? (d’après les Essais de Montaigne) »

10h30-11h15 Michel Villette, Professeur de sociologie à Agro ParisTech et chercheur au Centre Maurice Halbwachs (ENS/EHESS/CNRS) « Faut-il sortir de son rôle pour atteindre au moment éthique ? »


11h15-11h30 Pause 

11h30-12h15 Emmanuelle Savignac, Anthropologue, MCF, Université Paris 3 Sorbonne nouvelle, chercheure au CERLIS (Université Paris-Descartes ) « Sur quelques usages managériaux du jeu de rôles dans les organisations : une analyse de cadres »


12h15-13h00 Laure Kloetzer, Professeur assistant en psychologie et éducation, Université de Neuchâtel « Agir « en tant que » : la posture professionnelle comme moyen de tenir son rôle »


Déjeuner


APRES-MIDI

14h00-14h45 Valérie Cohen-Scali, Professeur des Universités, Cnam-Inetop, Centre de Recherche sur le Travail et le Développement, Équipe de psychologie de l’orientation « Évolutions des relations entre les concepts de rôle et d’identité : les apports de la psychologie sociale »


14h45-15h30 Florence Allard-Poesi, Professeur des Universités en Sciences de Gestion, Université Paris-Est, Institut de Recherche en Gestion (IRG, EA 2354) « We do(n’t) manage the problem ! The discursive construction of managerial roles during conversations in organizations »

15h30-15h45 Pause


15h45-16h30 Jonathan Webber, Philosophe, professeur à la Cardiff School of English, Communication & Philosophy « Implicit bias and self-image with Beauvoir and Fanon »

16h30-17h15 Alberto Masala, Philosophe, post-doctorant à l’Université Paris-Sorbonne et chercheur à SND (Université Paris-Sorbonne & CNRS) « Virtue ethics and social roles »


17h15-18h00 Alain Anquetil, Philosophe, professeur d’éthique des affaires à l’ESSCA et chercheur à SND (Université Paris-Sorbonne & CNRS) « The philosophy of roles and agency »


 


Descriptif :


La « qualité d’agent » suppose, de la part d’un être humain, la capacité de délibérer et de faire des choix qu’il pourra considérer comme ses choix. Cette conception renvoie à la manière dont John Locke définissait une personne : « un être pensant, intelligent, qui a raison et réflexion et qui peut se regarder soi-même comme soi-même, comme la même chose qui pense en différents temps et lieux ». Elle s’accorde aussi avec le sens commun, qui confère un poids important à l’autonomie et à la responsabilité individuelles, tout en considérant que la qualité d’agent ne suppose pas une liberté absolue parce qu’elle s’inscrit le plus souvent dans des contextes de coopération.


L’expérience enseigne en effet que beaucoup d’actions sont gouvernées, à tout le moins contraintes, par des normes qui ont cours dans la société ou qui sont propres à des organisations. Elle enseigne également que des questions morales apparaissent dans le cadre du processus d’ajustement entre la capacité d’agir d’un individu et les contraintes imposées par l’organisation dont il est membre. Le débat contemporain autour des lanceurs d’alerte est l’une des manifestations des difficultés qui peuvent naître d’un tel processus.

Parmi les concepts qui ont l’avantage de réunir les perspectives individuelles et collectives, qu’elles soient sociales ou organisationnelles, celui de « rôle » occupe une place privilégiée. Un sociologue spécialisé dans la théorie des rôles, Bruce Biddle, soulignait il y a plus de 30 ans que ce concept pouvait être à lui seul en mesure de rapprocher l’anthropologie, la sociologie et la psychologie sociale. Un tel pouvoir fédérateur provient des différents niveaux auxquels s’applique le concept de rôle ainsi que de la variété des significations dont il est porteur.


Il n’est pas surprenant que beaucoup de travaux, y compris dans le domaine philosophique, aient cherché à le clarifier. La définition des rôles proposée par les sociologues Raymond Boudon et François Bourricaud – « systèmes de contraintes normatives auxquelles sont censés se plier les acteurs qui les détiennent, et de droits relatifs à ces contraintes » – ne rend pas compte de tous les concepts auxquels l’idée de rôle est souvent associée : fonction, attente, contexte, statut ou encore socialisation, auxquels il convient d’ajouter le sens théâtral du mot et l’idée de « masque ». À ces différentes facettes correspondent différents types de problèmes philosophiques. Par exemple, l’aspect théâtral renvoie à la distance entre le titulaire d’un rôle et sa personnalité, une question que soulignait déjà Montaigne ( « Il faut jouer duement notre rôle, mais comme rôle d’un personnage emprunté » ) et qui a, bien sûr, été discutée au sein des sciences sociales et en philosophie.


La question de l’intégration des rôles sociaux dans le caractère de l’individu est aussi au cœur de l’éthique de la vertu. le philosophe Alasdair MacIntyre, dans Après la vertu, nous met en garde contre l’excessive spécialisation des rôles dans la société contemporaine en tant que source d’aliénation, si aucune forme d’intégration n’est mise en place. En effet, les standards qui définissent un bon père, un bon professionnel – ou encore un bon ami, musicien, sportif, etc. – étant totalement hétérogènes, il est impossible d’acquérir un sens global d’orientation dans la vie. Indépendamment du niveau de succès (ou d’échec), tout rôle et toute activité se réduisent à un item ajouté de façon arbitraire à une liste.


La question de l’effacement de la personnalité due à l’accomplissement d’un rôle – le philosophe Jerry Cohen allait jusqu’à parler d’« engloutissement » – n’est qu’une des questions soulevées par ce concept. On peut aussi se demander (1) quelle est la portée des croyances que forme une personne à propos de l’un de ses rôles, la psychologie sociale et la sociologie ayant montré expérimentalement que des rôles temporaires pouvaient influencer les jugements d’un sujet en-dehors du cadre de l’expérience ; (2) s’il est possible de dresser une typologie des relations entre le caractère d’un agent et ses rôles ; (3) si un rôle engendre des obligations morales particulières, distinctes des obligations morales générales ; (4) si les actions accomplies par le titulaire d’un rôle au sein d’une organisation hiérarchisée, par exemple une entreprise, appartiennent à une classe particulière d’actions, les « actions passives » ; (5) le sens qu’il y a à invoquer des rôles en parlant de soi – en disant par exemple : « En tant que père, ... » ou « En tant que professeur, ... » – par contraste avec un point de vue qui serait affirmé « en tant qu’homme » ; (6) enfin la phénoménologie des rôles, spécialement le plaisir qui est associé au fait de jouer un rôle.

ACTUS SND

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